Maxime de Rostolan (Sailcoop) : « Chaque jour, nous montrons qu’un autre tourisme est possible »
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24 février 2025
- Marjorie Beraut - Temps de lecture : 4 min
Maxime de Rostolan, 43 ans, n’est pas un entrepreneur comme les autres. Engagé de longue date dans des initiatives alliant écologie et innovations, il s’est distingué avec des projets comme Fermes d’Avenir ou encore Blue Bees, démontrant que durabilité et impact social peuvent rimer avec performance. Aujourd’hui, il mène une nouvelle aventure avec Sailcoop, une coopérative de transport maritime à la voile, créée en 2021. Son ambition ? Participer à décarboner le secteur du tourisme. Et réinventer notre rapport au temps, au voyage et, in fine, à la consommation. Rencontre.
Le voyage à la voile pour décarboner le secteur du tourisme
Comment vous est venue l’idée de Sailcoop ?
Maxime de Rostolan – À la veille de mes 40 ans, j’ai eu envie de m’amuser en faisant un petit bilan. J’ai décidé de publier chaque jour sur les réseaux sociaux quelques-uns des projets qui m’avaient traversé l’esprit par le passé. Des idées qui, pour une raison ou une autre, n’avaient jamais vu le jour. Dans l’un de ces posts, j’évoque ne plus prendre l’avion depuis des années, pour des raisons écologiques faciles à comprendre. J’insiste, aussi, sur cette statistique qui m’a toujours paru un peu folle, voulant que les bateaux de plaisance restent au port 97 % du temps. Je mets en parallèle les deux informations et je lance l’idée d’un système de transport maritime à la voile, qui participerait à décarboner le secteur du tourisme. Il faut en effet avoir en tête que le tourisme représente, en France, 11 % des émissions carbone, et la part des transports dans ce chiffre s’élève à 69 %. Je me disais donc qu’il y avait sans doute quelque chose à faire dans ce domaine. Ça a immédiatement buzzé, en tout cas suffisamment pour avoir plusieurs commentaires enthousiastes. Je me suis pris au jeu et j’ai développé l’idée en publiant, avec un ami bien motivé, un questionnaire de faisabilité plus poussé, sur LinkedIn. En 48 heures, nous avons eu plus de 2000 réponses ! Dans le lot, il y avait des profils super intéressants à qui l’on a proposé de venir participer à un séminaire pour concrètement lancer le projet. Nous étions alors fin 2021 et Sailcoop était née.
Quel bilan en tirez-vous après deux saisons pleines d’exploitation ?
Maxime de Rostolan – Je tire d’abord le bilan d’un projet qui met tout le monde d’accord. Chaque jour, nous montrons qu’un autre tourisme est possible ! Nous avons deux lignes opérationnelles, l’une entre Saint-Raphaël, dans le Var, et Calvi, en Corse ; l’autre en Bretagne, entre Les Glénans et Concarneau. Sur ces deux lignes, en 2023 et 2024, Sailcoop a déjà fait voyager 11 000 passagers. En août 2025, nous ouvrirons une nouvelle liaison transatlantique, en direction de Baltimore, aux Etats-Unis. Tout est prêt pour cela et les réservations sont déjà ouvertes. En parallèle, nous avons mené une opération de levée de fonds pour assurer le développement de l’entreprise. À fin décembre 2024, nous avions récolté plus de 460 000 euros, grâce à près de 900 contributeurs, dont plus de 600 sont de nouveaux sociétaires de l’entreprise, qui en compte donc désormais plus de 3000.
Qui sont ces contributeurs ? Et, surtout, qui sont les clients de Sailcoop ? Tous sont des personnes militantes et engagées ?
Maxime de Rostolan - Nos contributeurs viennent de tous horizons, de toute la France et de tous les âges. Même chose avec nos clients. Certains sont des touristes lambda, qui voient simplement le côté pratique. D’autres sont plus engagés. Ceux-là sont motivés par le fait de voyager autrement, et plus proprement : notre taux de décarbonation est en effet supérieur à 80 %. Beaucoup cherchent à allier ce côté militant avec le plaisir d’un voyage à la voile, par définition dépaysant : il faut ainsi compter entre 15h et 18h pour relier la Corse depuis Saint-Raphaël, en fonction des conditions météos. Et comme 72 % de nos clients n’ont jamais dormi à bord d’un voilier, je vous laisse imaginer : c’est forcément pour eux une expérience unique. Pour nous, c’est tout le sel de cette aventure : on offre du plaisir aux gens et on participe à réinventer notre rapport au temps et au voyage. Notre objectif est de pouvoir atteindre les 40 000 passagers en 2026.
De votre côté, d’où vous vient cette fibre entrepreneuriale et militante ?
Maxime de Rostolan – J’aimerais vous dire qu’il y a eu un déclic particulier, ce serait plus facile à résumer, mais non, je ne crois pas. Ce qui est certain, en revanche, c’est que j’ai toujours eu envie d’entreprendre, ça oui. Et, pour moi, c’est forcément du militantisme puisque entreprendre n’a de sens que si l’on cherche à faire bouger les lignes. C’est ma personnalité, aussi, que de toujours chercher à avancer. Je viens d’une famille humaniste, engagée, avec des parents très conscients des enjeux environnementaux. J’ai forcément appris d’eux. J’ai beaucoup lu, aussi, et j’ai eu la chance de faire de belles rencontres : Pierre Rabhi, Louis-Albert de Broglie, d’autres encore…
Vous avez aussi réalisé un tour du monde, avec deux de vos amis, dont vous avez tiré un livre, Les Aventuriers de l’or bleu. Racontez-nous un peu.
Maxime de Rostolan – J’ai eu cette chance-là, oui, pendant deux superbes années. J’ai terminé mes études au Brésil et, avant de commencer ma vie professionnelle, j’ai voulu prendre le temps de voyager, avec deux amis, en camion (Maxime de Rostolan est diplômé en biochimie de l’École nationale supérieure des ingénieurs en arts chimiques et technologiques de Toulouse, et il a passé une année à l’Escola Politécnica da Universidade de São Paulo, Ndlr). C’était en 2005 et nous sommes partis à l’aventure, traversant en tout 36 frontières, partout dans le monde. Bien sûr, il était inconcevable de partir sans un projet en tête et, pour moi, il était évident de choisir quelque chose en rapport avec l’écologie. Nous avons opté pour les problématiques liées à l’eau, depuis l’accès à l’eau potable, jusqu’à la gestion des eaux usées, en passant par les questions de l’irrigation et des inondations par exemple. Cela a été extraordinairement formateur. Après être passés par quatre continents et après avoir rencontré des gens tous plus intéressants les uns que les autres, nous avons terminé le périple au Brésil. J’ai pour ma part poussé l’aventure en rentrant ensuite en France à la voile.
Que pensez-vous de l’évolution des consciences, aujourd’hui ? On parle de plus en plus de tous ces enjeux environnementaux, mais est-ce que les choses évoluent dans le bon sens, à vos yeux ?
Maxime de Rostolan – Il est difficile de répondre positivement à cette question, malheureusement. On vit quand même dans un monde où 30 % des Français se disent climato-sceptiques, mais c’est comme ça. Il ne faut rien lâcher. Et puis, si j’ose dire, l’Histoire nous donne raison : il n’y a qu’à regarder ce qu’il s’est passé à Valence, ce qu’il s’est passé à Mayotte. On pourrait multiplier les exemples… Tous viennent dire l’urgence qu’il y a à agir. Plus le temps passe et plus il devrait être impossible de nier la réalité des choses. Pour ce qui me concerne, je ne prends plus l’avion depuis des années et je suis végétarien. Et si j’avais un conseil à donner, ce serait celui-là : commencer par soi, ce que l’on peut faire nous, directement, à notre petite échelle. J’ai aussi la lecture d’un livre, à conseiller fortement : Biomimétisme, quand la nature inspire des innovations durables, écrit par Janine Benyus. Vous verrez, vous ne le regretterez pas.